Levés avec le soleil, Gaétan et moi filons, dans la mesure des possibilités de la 2CV, vers Koulikouro. Les dos d'âne gigantesques et nombreux de Bamako nous ont ralenti et nous parvenons au petit séminaire avec une demi-heure de retard.

En fait, nous arrivons juste à temps. La messe commence avec notre arrivée. Est-ce Jean-Joseph Fané – le prêtre que j'avais rencontré à l'abbaye de Keur Moussa et directeur de ce séminaire – qui, m'ayant invité à cette messe, a fait attendre toute l'assemblée pour nous deux ?
Cette seule idée me fait rougir de confusion et les regards braqués sur nous ne m'aident pas. Heureusement, un autre prêtre prend la parole et je comprends qu'il est lui aussi en retard et que dans la mesure où c'est lui qui va célébrer cette messe, il était normal que tous l'attendent.
Toute la célébration est remplie de l'émotion de ce prêtre : après avoir passé plusieurs années à s'occuper des jeunes du petit séminaire, son diocèse l'a appelé pour une autre mission et il revient ici pour la première fois. Sa gorge se noue souvent. Des larmes montent à ses yeux et, par compassion, aux nôtres. Il les aime. Il aime tous ces jeunes et ils lui manquent.
Ceux-ci l'aiment aussi et pour faire oublier la tristesse de leur séparation, ils ont très bien préparés la messe et les 40 jeunes du séminaire ne perdent pas une occasion d'entonner des chants en Bambara accompagnés par les instruments traditionnels : djembés et balafongs. Leurs chants sont très joyeux et très entraînants et ils parviennent même à entraîner le prêtre en question dans une danse devant l'autel.
L'assemblée a elle aussi la bougeotte et chacun se balance d'un pied sur l'autre et tape des mains. J'essaye comme je peux de me balancer en rythme. Un coup d'œil à gauche, Gaétan n'a pas plus le rythme que moi. Il nous manque sûrement un peu de sang noir. L'assemblé est nombreuse aujourd'hui et déborde largement de la petite église. En effet, c'est le premier dimanche du mois, celui qui rassemble la communauté catholique de la ville, les élèves du petit séminaire et quelques autres élèves du lycée et les familles des petits séminaristes.
Le petit séminaire de Koulikouro, seul petit séminaire du Mali, a été ré-ouvert il y a 3 ans. Destiné à des jeunes entre 15 et 18 ans, il ne s'adressait au départ qu'aux séminaristes mais il s'est ouvert à l'extérieur et compte aujourd'hui dans ses classes de seconde, première et terminale, 200 lycéens en plus des 40 séminaristes.

40 séminaristes, ce chiffre paraît peut être faible. Il est en fait énorme. En effet, le Mali ne compte actuellement que 100 prêtre sur tout le territoire et l'arrivée de tous ces prêtres dans les années à venir est un grand espoir pour la communauté chrétienne au Mali. Ce chiffre montre aussi que, comme au Sénégal, l'église Malienne est jeune et dynamique et que si celle-ci dispose des structures adéquates (ici en l'occurrence un petit séminaire) elle peut redynamiser toute la communauté.