mercredi 28 mars 2007

Dimanche 7 janvier 2007 : Messe au Séminaire de Koulikouro (Mali)

Levés avec le soleil, Gaétan et moi filons, dans la mesure des possibilités de la 2CV, vers Koulikouro. Les dos d'âne gigantesques et nombreux de Bamako nous ont ralenti et nous parvenons au petit séminaire avec une demi-heure de retard.
En fait, nous arrivons juste à temps. La messe commence avec notre arrivée. Est-ce Jean-Joseph Fané – le prêtre que j'avais rencontré à l'abbaye de Keur Moussa et directeur de ce séminaire – qui, m'ayant invité à cette messe, a fait attendre toute l'assemblée pour nous deux ?
Cette seule idée me fait rougir de confusion et les regards braqués sur nous ne m'aident pas. Heureusement, un autre prêtre prend la parole et je comprends qu'il est lui aussi en retard et que dans la mesure où c'est lui qui va célébrer cette messe, il était normal que tous l'attendent.
Toute la célébration est remplie de l'émotion de ce prêtre : après avoir passé plusieurs années à s'occuper des jeunes du petit séminaire, son diocèse l'a appelé pour une autre mission et il revient ici pour la première fois. Sa gorge se noue souvent. Des larmes montent à ses yeux et, par compassion, aux nôtres. Il les aime. Il aime tous ces jeunes et ils lui manquent.
Ceux-ci l'aiment aussi et pour faire oublier la tristesse de leur séparation, ils ont très bien préparés la messe et les 40 jeunes du séminaire ne perdent pas une occasion d'entonner des chants en Bambara accompagnés par les instruments traditionnels : djembés et balafongs. Leurs chants sont très joyeux et très entraînants et ils parviennent même à entraîner le prêtre en question dans une danse devant l'autel.



L'assemblée a elle aussi la bougeotte et chacun se balance d'un pied sur l'autre et tape des mains. J'essaye comme je peux de me balancer en rythme. Un coup d'œil à gauche, Gaétan n'a pas plus le rythme que moi. Il nous manque sûrement un peu de sang noir. L'assemblé est nombreuse aujourd'hui et déborde largement de la petite église. En effet, c'est le premier dimanche du mois, celui qui rassemble la communauté catholique de la ville, les élèves du petit séminaire et quelques autres élèves du lycée et les familles des petits séminaristes.

Le petit séminaire de Koulikouro, seul petit séminaire du Mali, a été ré-ouvert il y a 3 ans. Destiné à des jeunes entre 15 et 18 ans, il ne s'adressait au départ qu'aux séminaristes mais il s'est ouvert à l'extérieur et compte aujourd'hui dans ses classes de seconde, première et terminale, 200 lycéens en plus des 40 séminaristes.
40 séminaristes, ce chiffre paraît peut être faible. Il est en fait énorme. En effet, le Mali ne compte actuellement que 100 prêtre sur tout le territoire et l'arrivée de tous ces prêtres dans les années à venir est un grand espoir pour la communauté chrétienne au Mali. Ce chiffre montre aussi que, comme au Sénégal, l'église Malienne est jeune et dynamique et que si celle-ci dispose des structures adéquates (ici en l'occurrence un petit séminaire) elle peut redynamiser toute la communauté.

samedi 3 mars 2007

Mercredi 3 janvier 2007 : Déjeuner avec l'évêque de Kayes (Mali), Monseigneur Joseph Dao

Julie m'avait confié depuis Paris une mission : je devais apporter à l'évêque de Kayes un paquet qui contenait une lettre, plusieurs photos, 2 bouteilles de vin et 2 saucissons.
Le lendemain des retrouvailles avec mon cousin Gaétan venu partager 15 jours de mon voyage, je le mets donc directement dans le bain en l'emmenant à l'évêché remplir à demi la mission confiée (le vin et les saucissons ayant fait les frais de mon trop gros chargement).

L'accueil de l'évêque est à la fois chaleureux et frais puisqu'il nous installe confortablement dans des canapés avec chacun une grande bière glacée à la main.

A l'apéritif, il entame la discussion par l'épopée de ses nominations. Choisi pour être évêque de Kayes par le Pape Paul VI, il est nommé par celui-ci et se prépare à l'ordination. Mais celui-ci est rappelé à Dieu et après que la traditionnelle fumée blanche eut annoncée l'élection d'un nouveau Pape, c'est Jean-Paul 1erqui lui succède. Les 33 jours de son pontificat lui donnent juste suffisamment de temps pour nommer le futur évêque de Kayes mais pas assez pour l'ordonner. La troisième nomination est la bonne et aboutit à la première ordination d'évêque du Pape Jean-Paul II en la personne de Monseigneur Jospeh Dao.

Puis à l'occasion du déjeuner auquel il nous a convié, il nous parle de l'Eglise au Mali et du rôle prépondérant qu'elle joue notamment au niveau éducatif et social. Si les chrétiens représentent aujourd'hui une petite minorité au Mali (moins de 5%), leur influence en revanche est très visible et les familles de riches musulmans confient très souvent leurs garçons à l'enseignement privé catholique.

Au café enfin, il entre dans les détails de la pratique religieuse.
Dans la tradition Malienne, si Jean-Parfait souhaite demander pardon à Mamadou, il va demander l'aide de son ami Djibrill. Ils se rendent tous deux chez Mamadou et Jean-Parfait reste en retrait, les bras croisés dans le dos. Djibrill porte la faute de Jean-Parfait devant Mamadou et si celui décide de pardonner Djibrill va aller décroiser les bras de Jean-Parfait.
Lors des cérémonies pénitentielles, toute l'assemblée se tient debout les bras croisés dans le dos, y compris le petit groupe de fidèles en cercle devant l'autel. Après avoir demandé pardon à Dieu au nom de toutes l'assemblée, le prêtre passe derrière les quelques représentants de celle-ci et leur décroise les bras.
L'inculturation joue ici dans les deux sens. En effet, cette manière de pratiquer la cérémonie pénitentielle permet de rendre le message du pardon plus accessible au fidèle car il répète des gestes connus et porteurs de sens, mais en plus ce rite permet de renforcer la place du prêtre au sein de l'Eglise puisqu'il prend ici le rôle de l'ami, du médiateur, qui va porter la faute devant Dieu et implorer son pardon.